mercredi 9 décembre 2015

Haïkus d’Automne — Collectif




Les éditions D’un Jardin nous présentent un recueil collectif de haïkus, premier de quatre recueils ayant pour thème « les Saisons ». Ce premier tome né d’un appel à textes lancé au mois de septembre dernier sur le réseau social Facebook a éclos en moins de deux mois, une performance, est-il besoin de le remarquer ? Un appel clair et précis dont était absente toute ambigüité a permis une mise sous presse rapide non exempte de qualité. Nous avons pu en juger.


Un projet souple, peu de contraintes, une vingtaine de haïkus inédits, une versification en 5-7-5, sans mention de « kigo » ou de « kireji » offrant ainsi l’opportunité à de nombreux « haijin » de se faire éditer à compte d’éditeur. Une aubaine !

En cinq pages l’avant-propos de l’éditeur explique le cheminement de cette réalisation et les différentes difficultés rencontrées par les auteurs avant d’être  retenus. Il expose notamment au lecteur béotien en matière de haïku sa conception de cette poésie concise venue du Japon si difficile, pour nous occidentaux, à mettre en œuvre. Cet avant-propos fait office d’essai sur « Qu’est-ce qu’un haïku ? », « Où est son essence ? », « Ses dérives actuelles ». L’éditeur nous fait ainsi part de ses critères de sélection, fait suffisamment rare pour être souligné.

Dans un livre de 170 pages nous découvrons les 24 auteurs sélectionnés dont certains étrennent leur première publication à raison de 20 haïkus chacun. D’une tenue correcte pour un appel de ce genre en un temps limité relativement court, la qualité de la poésie retenue nous est apparue hétérogène, ce qui était inévitable compte tenu de l’expérience ou de l’inexpérience de chacun. Néanmoins, l’alternance des styles et des rythmes bien mise en valeur plaira au lecteur qu’il soit poète ou jusqu’à ce jour hermétique à la poésie contemporaine. Le haïku, poésie d’apparence facile est plus complexe qu’il n’y paraît et nécessite plusieurs années d’étude et de pratique pour parvenir à l’approcher sans la  trahir. Pour le poète rompu à ce genre d’exercice il est assez aisé d’apprécier la valeur des haïkus présentés, pour l’amateur, un peu moins.

Nous sommes reconnaissant à cette jeune édition d’offrir aux jeunes talents la chance d’être découverts, voire appréciés, la quête de tout auteur n’est-elle pas d’être lu avant d’y trouver sa vocation économique ?

Ce collectif poétique était un pari osé que nous considérons réussi. Preuve en est nos lectures et relectures successives au plaisir sans cesse renouvelé.

Auteurs, connaissez-vous votre chance d’être lus en un  temps si bref ?
Lecteurs, même si la poésie vous est étrangère, lisez et relisez ces vers.
Puisse ce recueil susciter de nouvelles vocations ou en réveiller d’anciennes.

Nous recommandons ce livre et attendons le prochain avec une impatience certaine.
Nous avons été sensible à la présentation de ce livre et au soin pris pour nous offrir un bel objet. Première et quatrième de couverture sont organisées avec goût et professionnalisme même si nous aurions apprécié une image du directeur de publication plus discrète, notre choix étant pour un noir et blanc estompé. A noter que l’illustration de couverture est une peinture à l’huile de Nathalie Dhénin, artiste-peintre et écrivain ayant également participé à ce recueil.

Nous regrettons certaines mentions légales absentes et notamment  le prix de l’ouvrage dû à la complexité de l’outil de création de livres CreateSpace utilisé. Espérons que ces défections soient corrigées lors de la prochaine édition.


Çà et là


Le tapis roux craque
sous les pas des randonneurs —
vieillir en couleur
Sido Notari

arbres défeuillés
un chant sinistre s’éloigne
avec le crachin
Hélène Duc

Croquis en zigzag
suspendus à l’horizon
le départ des oies
Keith A. Simmonds

Un fantôme noir
passe devant les étoiles
— chahut du ressac
Bikko

Grève des pilotes
sans remords les hirondelles
poursuivent leur route
Anne Brousmiche

La brume tricote
les heures grises du jour
manteau de coton
Sophie Danchaud

grisaille d’automne —
la voix de Jaroussky ouvre
un espace bleu
Jean-Louis Chartrain
Comment se procurer le livre ?

« Haïkus d’Automne »  est exclusivement disponible sur le site « amazon.fr ».
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vendredi 10 juillet 2015

Haïga & Haïsha — Graziella Dupuy et Lise Robert




Nombre d’entre vous étant peu familiarisés avec les termes japonais « Haïsha » et « Haïga », il nous semble préférable d’en définir le sens tout comme l’origine.

Haïga
Les Chinois ont été les premiers à introduire la technique permettant de juxtaposer un texte et une peinture en se servant du même pinceau pour la calligraphie et l’image, ceci dès le IVe siècle de notre ère.
Le haïga est un art graphique d’origine japonaise faisant cohabiter avec harmonie l’encre, la peinture et la calligraphie d’un haïku. Il est apparu au Japon à l’époque Edo, son inventeur Yosa Buson (1716-1783), poète et artiste peintre japonais est considéré comme l’un des quatre maîtres classiques du haïku. Le haïku, quant à lui, est la forme poétique la plus utilisée et la plus concise au monde. C’est la poésie de l’indicible, il est lié à l’attitude bouddhiste qui observe les choses avant de les critiquer. C’est l’art  de restituer l’instant présent lié à l’impermanence des choses.

Haïsha
Le haïsha est né de la combinaison de deux arts, la photographie et le haïku afin de se compléter et de former un tout. Cet art contemporain où l’expression photographique et la poésie s’entremêlent, s’inspire du haïga bien plus ancien. Le rôle délicat du photographe sera d’offrir une nouvelle dimension à la photographie qui possède déjà sa propre histoire et non d’en montrer une vision réductrice comme pourrait le faire une légende photographique. La fusion entre le haïku et la photographie devra être telle qu’aucun des deux arts ne supplantera l’autre afin de s’unir dans une belle harmonie.

Le haïsha peut être présenté de deux manières :
— Le texte du haïku est incorporé au sein même de la photographie.
— L’ensemble se compose de deux entités, d’un côté la photographie et de l’autre le haïku qui lui est associé.
Le choix est laissé à la discrétion de l’artiste.

Le terme « haïsha » est essentiellement utilisé dans les pays francophones, les pays anglo-saxons utilisant pour le « haïga » comme pour le « haïsha » le mot « haïga », ce que l’on retrouve dans d’autres contrées.

Note à l’attention du lecteur
Nous avons pris le parti de ne pas franciser les mots japonais, ceux-ci resteront donc invariables même si ce ne fut pas le choix de l’éditeur.

« Haïga & Haïsha » est un recueil bilingue français-anglais composé de deux parties distinctes. La première d’entre elles nous offre les haïga de Graziella Dupuy et la seconde, les haïsha de Lise Robert. Joliment préfacé par Francis Tugayé, membre de l’Association pour la Promotion du Haïku (APH), l’avant-propos est rédigé par Graziella Dupuy, les traductions en langue anglaise étant de Robert Johnston. Des notices biographiques, en fin d’ouvrage, concernant les deux artistes complètent ce recueil dédié à la poésie japonaise, encres ou aquarelles et photographies.

Qu’en penser ?

Ce recueil est le fruit de plusieurs rencontres, celle de la sensibilité d’une artiste et du monde dans lequel elle évolue, celle des mots et des images nées d’un pinceau ou immortalisées par un appareil photographique, celle enfin de deux haïjin issues de deux continents, Graziella Dupuy et Lise Robert. Elles restituent chacune à leur manière, mais avec une touchante simplicité quelques instants, des « trois fois rien » comme le dit Graziella Dupuy dans son « Avant-propos », qu’elles partagent et préservent de l’oubli.

Poussée à l’extrême, la concision de Lise Robert qui n’hésite pas à économiser verbes et adjectifs, offre au lecteur des perceptions réduites à l’essentiel, des moments très dépouillés. Ce qui s’apparente à une mise en retrait de l’auteur cache, n’en doutons pas, une forme de générosité car faire don de ces instants sans en fermer le sens n’est-ce pas une façon de vivement solliciter la sensibilité du lecteur ?
A la sobriété des mots répond celle des photographies où nous pourrons regretter des choix de police parfois discutables. Néanmoins, par leur association souvent surprenante, Lise Robert a peut-être trouvé le moyen de guider avec subtilité le regard du lecteur dans une direction toute personnelle.

Les peintures (encres ou aquarelles) et calligraphies de Graziella Dupuy semblent au contraire prolonger ses haïku. On décèle dans les traits comme dans les mots une certaine ampleur mêlée de tendresse, une poésie plus expansive.
Si les deux artistes se rejoignent dans des thèmes communs — amour , filiation, naissance ou renaissance — la vision assez contemplative de Lise Robert qui effleure la mort, le souvenir contraste avec la tonalité plus dynamique de Graziella Dupuy. Nous dansons avec le vent ou la lune, nous crions pour exprimer notre souffrance ou pour saluer le printemps. La solitude n’est jamais entière : solidaires les parapluies tourmentés par les bourrasques, solidaire l’artiste qui rencontre un bonhomme de neige… A souligner enfin, l’humour qui se révèle ici ou là, plaisant et discret.

« Haïga & Haïsha » conformément à son titre est représentatif de deux arts dévoués tant à l’image qu’à la poésie, l’un orienté vers la peinture et l’autre vers la photographie. Ce recueil n’est pas un recueil à quatre mains, mais plutôt deux recueils disposés côte à côte à l’image de ses auteurs dont le tempérament  contrasté met en valeur chacun des arts qu’il représente. Nous regrettons que les haïga et haïsha n’aient pas été présentés différemment, se côtoyant par exemple tout au long de cet ouvrage en alternance plus ou moins rythmée. La belle histoire ainsi contée aurait permis aux auteurs d’inclure le lecteur dans leur osmose artistique qui fait défaut à ce bel ouvrage dont le résultat est plutôt une opposition d’art comme de style sans en entacher la valeur.

Ce recueil a retenu toute notre attention allant jusqu’à nous envoûter comme il saura vous subjuguer, que vous aimiez, voire excelliez dans l’art du haïku et de ses dérivés ou qu’il vous paraisse étranger. Professionnels ou néophytes en matière de poésie japonaise, cet objet précieux prendra une place privilégiée dans votre bibliothèque ou celle de vos proches et amis.


Çà et là







Comment se procurer le livre ?

« Haïga & Haïsha »  est exclusivement disponible sur le site de l’éditeur « TheBookEdition.com ».

En cliquant sur le lien suivant vous serez directement mis en relation avec le site marchand où des extraits vous seront proposés :


vendredi 19 juin 2015

Publier #1 L’autoédition

En tout lecteur sommeille un auteur qui se posera indubitablement les questions suivantes :

— Qu’est-ce qu’un livre ?
Un miroir où tout un chacun se reflète, un témoignage, une histoire rêvée, inventée, reflet de sa personnalité, une biographie, une autobiographie ?

— Écrire pour soi est-ce véritablement écrire ?
Non, la finalité de l’écrivain hors motif économique est d’être lu afin de partager ses émotions, sa passion.

Être publié est notre graal à tous, nous auteurs, mais comment  pouvons-nous y parvenir ?

Trois possibilités s’offrent à l’auteur :
— Édition à compte d’éditeur
— Édition à compte d’auteur
— Autoédition

Aujourd’hui, nous aborderons le thème de l’autoédition qui a fait ses preuves outre-Atlantique, mais qui est malheureusement trop méconnue en France.

Qu’est-ce ?
Le Grand Robert de la langue française nous définit ainsi l’autoédition :

« Édition d'un ouvrage directement par son auteur, sans passer par un éditeur. »

Il est important de ne pas confondre cette forme d’édition avec l’édition à compte d’éditeur ou avec l’édition à compte d’auteur.

N’en déplaise à certains éditeurs, l’autoéditeur est un éditeur à part entière dont le but est de présenter un catalogue limité à sa production personnelle.
Nous étudierons ci-après les options qui s’offrent à lui afin que ce projet se réalise.

Bien qu’elle véhicule la plupart du temps une image négative, cette forme d’édition n’est pas l’apanage des seuls découragés de l’édition à compte d’éditeur, elle peut être le choix personnel de l’auteur qui souhaite maîtriser son œuvre depuis sa création jusqu’à la rencontre avec son public. La voie de l’indépendance a fait de nombreux émules. Elle permet également d’éditer des ouvrages relevant de domaines très spécialisés qui ne sauraient intéresser un éditeur traditionnel. Notons au passage qu’aux Etats-Unis, ces dernières  années, cette forme d’édition dépasse l’édition classique en nombre de livres.

L’autoéditeur doit connaître les différentes étapes de la publication d’un livre et bien maîtriser sa partie technique. Il en assumera les différentes étapes seul ou fera pour certaines d’entre elles appel à un prestataire de services ce qui augmentera le coût du livre. Après avoir écrit son livre il en effectuera la mise en pages, corrigera les épreuves après avoir examiné avec soin le bon à tirer fourni par l’imprimeur avant que celui-ci ne lance l’impression et se conformera aux mentions légales obligatoires. Il se consacrera enfin à la promotion de son livre en utilisant tous les moyens mis à sa disposition et à sa vente sans avoir omis d’en calculer son juste prix. Parmi les obligations légales il effectuera la demande d’ISBN et n’oubliera pas de rappeler tant à l’imprimeur qu’à l’éditeur leurs obligations réciproques d’effectuer les dépôts légaux nécessaires. Les mentions légales devront naturellement être imprimées  sur le livre.

Nous en profitons pour rappeler l’excellent livre de Nicolas Delecourt et de Laurence Happe-Durieux, « Publier son livre » dont nous avons récemment effectué la chronique et dans lequel vous trouverez la marche à suivre afin de vous faire éditer sans omettre une seule étape de ce parcours.

Afin de parvenir à ses fins l’auteur autoéditeur  sera confronté au choix suivant :

— Faire appel à une société d’autoédition qui effectuera partie des tâches susnommées. Il devra être vigilant car les entreprises assumant ce rôle sont désormais nombreuses et il devra en contourner les pièges, toutes n’étant pas honnêtes et les recommander ici nous semble délicat. Un éditorial pourra aborder cet épineux sujet.

— Créer sa propre maison d’édition.
Avant de se lancer dans une telle entreprise, l’autoéditeur devra se renseigner sur toutes les étapes administratives dont il devra s’affranchir tout en effectuant les choix adaptés à sa propre situation.
Cette dernière option étant complexe, nous lui consacrerons vraisemblablement un éditorial afin d’éclairer ceux qui auraient le courage et la volonté de tenter l’aventure éditoriale.