mardi 12 juillet 2016

Beloved — Toni Morrison par Sylvia Berthier



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Dans l’Ohio de la seconde moitié du XIXe siècle, Sethe, ancienne esclave noire, élève seule sa fille Denver dans une maison hantée par son autre enfant, morte avant ses deux ans. Ses retrouvailles fortuites avec Paul D qui travaillait avec elle et son mari disparu, Halle, sous les ordres des Garner au Bon Abri puis du Maître d’École, lui laissent entrevoir une vie de famille qu’elle n’espérait plus. Chassé par Paul D, le fantôme s’incruste chez eux sous les traits d’une jeune femme noire prénommée Beloved. À l’adoration qu’elle lui témoigne, Sethe répond par une affection toute maternelle malgré les mises en garde de Paul D. Trop heureuse de voir sa solitude rompue, Denver souhaiterait enfermer Beloved dans un amour possessif, malgré les singularités qu’elle remarque chez elle.

Paul D, qui cède, honteux, aux avances de Beloved, apprend par un tiers l’infanticide commis par Sethe, geste qu’elle continue de revendiquer. Il la quitte. Sethe finit par reconnaître en Beloved la fille qu’elle a égorgée et s’engage à la choyer afin de rattraper les années perdues. Denver se retrouve rapidement exclue de leur relation qui tourne à l’aigre, incapable de protéger sa mère qui s’effondre dans d’inutiles justifications, des caprices d’une sœur instable et tyrannique. La faim et la misère poussent Denver à demander une aide extérieure, premier pas vers son autonomie. Paul D profite du départ de Beloved pour revenir auprès de Sethe qui se laisse mourir comme Baby Suggs, la mère de Halle qui lui a légué la maison.

Qu’en penser ?

Réincarnation du bébé assassiné par sa mère, Beloved fait irruption dans la vie de Sethe au moment où celle-ci retrouve foi en l’amour et l’avenir grâce à Paul D, lui aussi ancien esclave. Comme le titre reprend simplement le prénom du fantôme, le lecteur a tout lieu de penser que le roman va expliciter les circonstances d’un drame provoqué par la période esclavagiste des Etats-Unis ainsi que ses conséquences. De fait, la première partie décrit l’installation de Beloved au sein d’une famille essayant de se constituer sur les ruines d’un passé traumatisant avant d’en venir au crime de Sethe. Raconté selon le froid point de vue des Blancs, elle montre l’horreur d’un geste incompréhensible et s’achève sur la rupture du couple encore plus fragilisé par l’adultère de Paul D avec Beloved. Cette dernière, cherchant sans cesse à capter l’attention et l’amour de Sethe, finit par être reconnue et considérée comme une seconde chance. Le bonheur sans Paul D serait-il envisageable malgré l’amour de plus en plus possessif qu’elles se vouent ? La deuxième partie détaille l’esclavage brutal, à visage découvert, personnifié par Maître d’École (surnom ô combien ironique !) qu’ont enduré Sethe et Paul D, celui qui, à force d’injustice, d’humiliations et de mauvais traitements conduit à la folie ou aux décisions extrêmes. Dans la troisième partie, beaucoup plus courte, Beloved peut enfin exercer son châtiment sur Sethe entièrement à sa merci, jusqu’à ce que Denver provoque sa fuite de façon indirecte et permette à sa mère et Paul D de former un couple plus durable.

Cependant, réduire ce livre à une histoire de revenant avide de vengeance n’occulte-t-il pas son autre thème principal, celui de la mémoire ? Bien que Beloved ait rejoint le monde des vivants sous l’apparence d’une jeune femme de l’âge qu’aurait l’enfant défunt pour tourmenter Sethe, elle garde en elle les esprits des autres victimes de l’esclavage, notamment celui de la mère de Sethe ainsi que le prouvent les images d’une traversée en mer cauchemardesque lors d’un monologue haché et malaisé à comprendre. L’auteur pose le problème du souvenir au sein des familles dévastées par les fléaux de l’histoire, ici la traite des Noirs aux États-Unis. L’oubli fait-il injure aux victimes ou est-il la condition nécessaire pour continuer à vivre ? Comment transmettre l’histoire familiale aux générations qui n’ont pas connu les mêmes épreuves ?

La première partie voit s’affronter Paul D et Beloved, un avenir possible face à un passé mal cicatrisé. Si Paul D propose à Sethe vie de couple et vie de famille, il ravive aussi de son passé commun avec Sethe des souvenirs extrêmement pénibles. Au traumatisme de sa prise de lait par les neveux de Maître d’École s’ajoutent avec Paul D la douleur et la colère d’apprendre que son mari en a été le témoin malheureux, brisé par son impuissance. Beloved au contraire suscite les confidences de Sethe par sa curiosité et une aptitude particulière qu’expérimente même Denver. Il suffit de commencer son récit en sa présence pour que la scène se matérialise. Il n’est alors pas étonnant que Sethe refuse de se séparer de la jeune femme. Grâce à ce don ajouté à celui de lire dans les pensées, Beloved amène Paul D à tromper Sethe sous son toit. Elle le libère de son désir refoulé et déverrouille la boîte en fer-blanc où dorment ses souvenirs d’esclave. Au final, ce n’est pas elle qui cause leur rupture, mais la divergence entre Paul D et Sethe sur le mobile de l’infanticide. Il critique avec des mots très durs (« Tu as deux pieds, Sethe, pas quatre ») son geste d’amour maternel désespéré alors que Beloved se contente à cet endroit du livre de réveiller les mémoires.

Avant que Paul D ne s’installe au 124, le bébé fantôme ne recourait pas à des techniques très élaborées pour y régner. Quelques mauvais tours joués aux deux fils de Sethe les ont mis en fuite, des meubles déplacés effrayaient la communauté noire qui évitait la maison, Sethe et Denver qui s’employaient à calmer ses colères. Grâce à Paul D, Sethe recommence à former des projets. C’est donc par la ruse que Beloved, obligée d’intervenir sous une forme humaine, déjoue cette menace afin d’exercer une emprise totale sur sa mère dont elle cible parfaitement la faille. Si de ses années d’esclavage, celle-ci continue de souffrir de l’épisode de la prise de lait plus que de tout autre, c’est parce que les neveux volaient ce qui était exclusivement réservé à ses enfants. Paul D aussi a vite perçu le danger d’un amour si absolu. En émergeant de la rivière, Beloved a imité une seconde naissance et s’est étendue près du 124 comme un enfant abandonné. Depuis son apparition, son évolution a reproduit en accéléré les principales étapes d’une femme, de la dépendance complète du nourrisson à la grossesse en passant par l’adolescence (cette fameuse luisance qui perturbait tant Paul D). Une fois l’ennemi parti et Sethe résolue à rattraper le temps perdu, comme le lui apprennent les monologues de la deuxième partie, Beloved se transforme en accusation permanente. Elle incarne alors le remords lancinant d’une criminelle qui prend enfin la mesure de son acte.

Passé, remords, crime inexpiable… Dans la troisième partie, Sethe tourne en rond dans une prison invisible, édifiée par Beloved. Si la mère échoue à justifier son geste par la volonté d’épargner à ses enfants les tortures de l’esclavage, comment expliquera-t-elle le second infanticide qu’elle est en train de commettre ? Enchaînée à son passé comme Paul D à ses semblables une fois vendu par Maître d’École, elle sombre lentement, menacée comme lui par une capitulation qui anéantirait chez elle jusqu’à l’envie de vivre, et néglige Denver qu’elle laisse mourir de faim. Or, que combat Beloved ? L’oubli. Sethe laisse le souvenir des morts l’emporter sur le monde des vivants.

Denver appartient à la première génération de transition. Trop jeune pour garder des souvenirs précis du crime de sa mère et de ses circonstances, elle a échappé à l’esclavage tout en passant son enfance à subir les conséquences de l’infanticide. Après avoir arrêté les cours de Maîtresse Jones et s’être opposée à toute explication de la part de Sethe ou Baby Suggs, après s’être sentie abandonnée par ses deux frères, elle s’est attachée à ce bébé fantôme pour tromper son immense solitude. Lorsque Beloved entre dans leurs vies, comment ne pas comprendre que Denver conçoive un amour immédiat et possessif pour cette grande sœur fantasmée, bien qu’elle détecte rapidement sa nature trouble ? Elle s’engage dans une rivalité avec sa mère sans saisir que Beloved l’utilise pour mieux la supplanter dans le cœur de Sethe.

Beloved, dans un premier temps, permet à sa mère de se livrer en toute confiance. Denver, qui soupirait de toujours voir Sethe s’interrompre au milieu d’un récit, ne s’était intéressée qu’aux souvenirs la mettant en scène, elle ou son père dont elle espère le retour. Beloved démontre à Denver qu’elle n’a jamais su écouter sa mère. Si Denver craint jusque dans son adolescence que cette dernière ne l’égorge, c’est bien la preuve qu’elle n’a pas compris le mobile de l’infanticide. Entre celle qui filtre ce qu’elle dit et l’autre ce qu’elle entend, la transmission s’avère très difficile.

Le trio se réduit. Cantonnée au rôle de témoin, Denver prend ses responsabilités dès qu’elle comprend que la relation entre Beloved et Sethe va connaître un dénouement tragique. C’est la peur qui la pousse à agir, la peur de perdre sa mère car au moment où celle-ci tombe sous la domination de sa fille fantôme, une inversion sensée s’opère dans le cœur de Denver. C’est en se sauvant elle-même, en acquérant à l’extérieur son autonomie financière, sentimentale et intellectuelle qu’elle chasse indirectement Beloved du 124 et autorise Paul D à revenir auprès de Sethe, cette fois le seul à pouvoir lui redonner une raison de vivre.

Dans ce roman qui lie étroitement drame familial et période tragique de l’histoire d’un pays, Toni Morrison explore les thèmes du traumatisme et de la mémoire. Laisser le temps mettre les événements à distance ne suffit pas pour se reconstruire : le souvenir des morts et des épreuves entrave, si l’on n’y prend garde, le cours d’une vie, voire celles de ses proches. Avec Beloved, l’auteur met en scène les différentes ruses auxquelles recourt la mémoire (et dans le cas de Sethe, la culpabilité) pour contrer l’oubli que le quotidien favorise. L’emprise du passé peut être totale, mais également fragile. Au moindre relâchement, Beloved sait qu’elle risque de se disloquer. Céder au harcèlement de son passé ou de ses remords revient à accepter une certaine forme d’esclavage qui aboutit à l’autodestruction. Comme Sethe a fini par en réchapper, il est possible de définir ce roman comme un long et douloureux exorcisme du passé. Abordant le problème de la transmission ou tout du moins de la parole, Toni Morrison montre deux écueils : Beloved incarne l’auditeur qui incite à l’épanchement continu, Denver enfant celui qui se surprotège. Seul Paul D à la fin sait où se situe la limite à ne pas franchir, permettant au couple de se reformer.

Lauréat du prix Pulitzer 1988, ce livre poignant et magistral bannit chez le lecteur toute paresse intellectuelle. Riche en images, l’écriture de Toni Morrison semble lui décocher des coups aussi violents que ceux reçus par ses personnages.

mercredi 29 juin 2016

Testé pour vous #1 — Édilivre

Édilivre est une société de services française dont les contrats d’édition proposés sont différents des contrats de maisons d’édition traditionnelles,  même s’il ne s’agit pas d’édition à compte d’auteur.

Édilivre n’assure pas la promotion des ouvrages édités auprès des libraires, mais seulement leur disponibilité sur les systèmes de commande.

Ligne éditoriale

Les éditions Édilivre n’ont pas de collection spécifique, mais publient la littérature générale (romans, science-fiction, polars, poésie, contes, littérature jeunesse, mémoires, essais, etc.).

Édilivre s’appuie sur une communauté d’auteurs par le biais de clubs auteurs dans chaque région de la France métropolitaine ainsi qu’en Belgique, Suisse, Canada, Maghreb et outre-mer au travers des réseaux sociaux.

L’auteur souhaitant rejoindre son Club Auteurs devra remplir un formulaire d’inscription en ligne. Il sera également invité à rejoindre la page Facebook de son club en cliquant sur le bouton « J’aime » de celle-ci. Il sera ainsi informé de toutes les actualités de son club.

Certains projets ne sont ouverts qu’aux membres des clubs :

— Échanges de critiques littéraires
Chaque auteur se doit d’être présent à la rencontre de son Club Auteurs, rencontre au cours de laquelle chaque auteur décide, en concertation avec les autres auteurs présents, qui lira son livre et quels livres l’auteur lira afin d’en écrire une critique. Les critiques des « auteurs-lecteurs » seront à déposer directement sur la page du livre sur la librairie du site Édilivre en cliquant sur le bouton « Ajouter un commentaire », commentaire qui sera en attente de validation par l’équipe de la société de services afin de pouvoir être publié.

— Participation au Prix de l’auteur sans piston
Il s’agit d’un prix littéraire indépendant qui a pour but de mettre en lumière un auteur publié en dehors des circuits d’édition traditionnels.
L’édition 2016 n’est ouverte qu’aux livres publiés entre le 1er septembre 2014 et le 31 août 2015. Le règlement de l’épreuve est détaillé dans le lien suivant :


La publication s’effectue en deux temps. Édilivre offre tout d’abord une publication ouverte et accessible. Cette société aide ensuite à faire émerger ceux qui ont su se démarquer. Les auteurs sélectionnés bénéficieront d’une distribution renforcée, d’une plus large promotion et d’une communication plus poussée et personnalisée auprès des médias.

Cette publication est donc gratuite hors certains services optionnels payants, généreuse, à travers des droits d’auteur et libre car l’auteur peut résilier son contrat et retrouver ses droits s’il n’est pas satisfait des services proposés.

Services offerts à l’auteur

— Mise en pages du manuscrit au format du livre, l’auteur ayant fourni son manuscrit aux formats suivants : .doc, .docx, .odt, .rtf, .pdf.

— Accompagnement personnalisé de l’équipe éditoriale.

— Finalisation du livre avec les modifications et corrections de l’auteur, la maquette du livre étant envoyée à l’auteur en format PDF par e-mail pour validation.

— La création de la version numérique au format PDF est offerte à l’auteur.

Attribution de deux numéros ISBN, l’un pour le livre papier, l’autre pour le livre numérique.

— Dépôt d’un exemplaire du livre à la Bibliothèque Nationale de France.

— Suivi des ventes du livre via le compte auteur sur le site Édilivre.

Services optionnels et payants

— Relecture professionnelle avec corrections orthographiques, grammaticales et typographiques, la facturation se faisant au nombre de pages. Coût de 4,50 € à 6 € par page en fonction du nombre de pages.

— L’aide à l’écriture professionnelle avec relecture et correction orthographique, grammaticale, syntaxique et typographique. Coût de 8 € à 9,50 € par page en fonction du nombre de pages.

— Les couvertures des éditions Édilivre

• La couverture standard gratuite au design sobre et épuré qui reprend le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage. Nous la déconseillons.

• La couverture personnalisée composée à partir d’une seule image ou photographie du choix de l’auteur et fournie par celui-ci, les graphistes professionnels de l’éditeur réaliseront une couverture personnalisée en y intégrant les principales informations du livre de l’auteur. Coût : 99 €.

• La couverture graphique composée selon les souhaits et les directives de l’auteur à partir de plusieurs images ou photographies, fournies par celui-ci ou achetées par Édilivre sur des banques d’images. Les graphistes de l’éditeur créeront ainsi la couverture de l’auteur à travers différents montages, retouches et effets.
Coût : 199 €.

• La couverture illustrée permet à l’auteur de bénéficier des services des illustrateurs d’Édilivre. Ceux-ci pourront dessiner à la main la couverture du livre en fonction des désirs de l’auteur, la maquette étant ensuite numérisée puis retravaillée numériquement afin d’y ajouter effets et couleurs. Coût : 299 €.

Contrat d’édition et droits d’auteur

— Édilivre se charge du versement des droits d’auteur une fois par an ainsi que du versement des cotisations obligatoires auprès des organismes concernés.

— Les droits d’auteur sont comptabilisés dès la vente du premier exemplaire du livre.

— Édilivre propose à l’auteur un contrat particulièrement souple.

— Montant des droits d’auteur distribués
       • Format papier : 20% sur les ventes sur edilivre.com et 10% sur les autres ventes hors edilivre.com
       • Format numérique : 70% sur les ventes sur edilivre.com et 15% sur les autres ventes hors edilivre.com.

Distribution et référencement

Un référencement auprès de 3 000 librairies et 10 000 points de vente est offert.  Les livres sont référencés sur la base Dilicom, service interprofessionnel destiné à faciliter le développement des échanges de données informatisées dans le secteur commercial du livre.

Référencement auprès des principaux libraires en ligne : Amazon, Fnac.com, Chapitre.com, Leslibraires.fr, etc.

L’éditeur donne la possibilité à l’ensemble des libraires francophones de pouvoir commander les livres directement par courriel, téléphone ou fax à des conditions particulièrement avantageuses et notamment pour les commandes « dépôts-ventes » qui ont lieu lors des dédicaces.

Le lecteur peut acquérir le livre papier sur le site edilivre.com où il trouvera un extrait dudit livre. Néanmoins, il n’y trouvera que la version PDF de celui-ci qui ne sera consultable que sur un écran informatique, sans doute pour inciter l’auteur à souscrire au Pack numérique dont nous détaillerons l’offre payante ci-dessous.

Services optionnels

— Référencement sur la base Decitre, Fnac, Cultura, PriceMinister, Cdiscount. Il est important de savoir que la base de diffusion Decitre est utilisée par de nombreux libraires, sites e-commerce, bibliothèque et universités. Coût : 149 €.

— Pack numérique indispensable dans la mesure où le marché du livre numérique est en plein essor. Il permet à l’auteur de toucher de nombreux nouveaux lecteurs potentiels. Dans ce cas le livre n’est plus vendu au format PDF, mais au format ePub qui pourra être référencé et mis en vente sur les principales librairies de livres numériques du marché : iBook d’Apple, Kindle Store d’Amazon, Kobo by Fnac, Bookeen, Chapitre.com, Feedbooks, Didactibook, Nolim de Carrefour, etc. Coût : 69 €.

Promotion et communication

1. Services offerts

— Création d’une page web entièrement dédiée au livre avec les outils pour le médiatiser, page hébergée sur le site de l’éditeur. Cette page est purement informative quant à l’auteur et ses œuvres, elle permet de commander le livre sur le site de l’éditeur, mais n’est en aucun cas comparable à un site web.

— Interview écrite de l’auteur et mise en avant sur le site de l’éditeur

— Argumentaire du livre reprenant les principales informations de l’œuvre : titre, auteur, biographie, résumé, format, nombre de pages, prix TTC, ISBN, contact presse, etc.

— Accès aux grands événements et salons littéraires annuels afin de promouvoir le livre et organiser des séances de dédicaces.

— Accès aux rencontres littéraires et aux salons du livre régionaux pour promouvoir l’œuvre et organiser des séances de dédicaces.

— Rejoindre les Clubs Auteurs d’Édilivre qui permettent aux auteurs de s’entraider et de se créer plus d’opportunités pour promouvoir leurs livres en région auprès des libraires, des médias et des lecteurs locaux.

— Achat du livre en tant qu’auteur à des tarifs préférentiels pouvant aller jusqu’à -40% sur le prix TTC.

— Achat de supports de communication du livre : cartes de visites, affiches, marque-pages…

— Envoi du livre aux médias sur demande de journalistes, ce qui sous-entend un travail en amont de l’auteur afin de se faire connaître auprès de ceux-ci.

2. Services optionnels

— Le Pack promo concernant les supports de communication personnalisés à l’image du livre. Coût : 89 €.

— Le Pack promo des ventes regroupant le communiqué de presse, le référencement libraire et Decitre, le référencement sur les sites communautaires de lecteurs et la bande annonce. Coût : 399 €. Le service de communiqué de presse correspond à la rédaction d’un communiqué de presse rédigé par l’éditeur et transmis à l’auteur accompagné de cinq contacts journalistiques, l’auteur pouvant ensuite envoyer son communiqué de presse à ces contacts.

— Promotion sur Facebook. Ce service comprend la création de la publicité de l’auteur dédiée à Facebook ainsi qu’un renvoi direct sur la page du livre dans la librairie de l’éditeur. Coût : 150 €.

— Écriture du communiqué de presse de l’auteur  ainsi que des prises de contact auprès des journalistes. Coût : 149 €.

— Référencement sur les sites communautaires de lecteurs. L’éditeur offre au lecteur une vitrine supplémentaire pouvant toucher selon les dires de celui-ci 400 000 lecteurs potentiels. Les sites concernés sont pour la plupart connus des internautes, citons entre autres : Babelio, Lecteurs.com, Livraddict, Libfly, Booknode et Senscritique. Coût : 119 €.

Qu’en penser ?

Édilivre se targue d’être une « Maison d’édition alternative », slogan au titre évocateur et nous rappelant qu’il ne s’agit pas d’un éditeur traditionnel ni d’un éditeur à compte d’auteur, ce dernier devant soumettre au comité de lecture son manuscrit. Éditeur accommodant car rares seront les auteurs refusés à moins que ce dernier refuse les conditions de cet éditeur ou plutôt de cette société de services, mais il devra en payer un prix plutôt élevé, la concurrence étant de toute évidence moins chère.

Que pourrions-nous reprocher à cette société de services qui permet à un jeune auteur de se faire éditer soit par choix, soit parce qu’il aura essuyé quelques refus en d’autres lieux ?

Le coût des prestations tout comme le nombre d’options peut décourager le futur auteur, peu d’entre elles sont véritablement efficaces, tout semble mis en place pour faire fructifier cette maison d’édition. Un auteur naïf pourrait se laisser tenter par  les nombreuses options, or s’il les ignore, malgré la qualité de son œuvre, il ne parviendra pas à émerger de la masse éditoriale tant les publications lors des différentes rentrées littéraires se multiplient. Au prix du livre le lecteur devra ajouter les fatidiques frais de port, eux aussi abusifs dont voici le détail pour un livre de 100 à 250 g :

— Écopli/Lettre verte (compter 4 jours d’impression avant l’expédition de la commande auxquels s’ajoutent 4 à 5 jours pour l’acheminement). Coût : 4,36 €.

— Colissimo/Colis privé (compter 4 jours d’impression avant l’expédition de la commande auxquels s’ajoutent 48 heures pour l’acheminement). Coût : 9,56 €.

— UPS France (compter 4 jours d’impression avant l’expédition de la commande auxquels s’ajoutent 24 heures pour l’acheminement). Coût : 17,34 €.

Pour l’avoir testé, nous avons constaté que contrairement aux éditeurs de facture classique, Édilivre ne se charge pas de la promotion des livres qu’il édite et laisse cette tâche ingrate à l’auteur l’incitant par ailleurs à se regrouper en Clubs Auteurs, ce qui risque d’en surprendre certains car si l’on cherche à épouser la carrière d’écrivain, n’est-ce pas pour se consacrer à l’écriture, mais certainement pas au regroupement d’auteurs ou en réunions tant fastidieuses qu’inutiles, sans oublier le temps perdu qui ne sera pas consacré au plaisir d’aller à la rencontre de son public. Il nous paraît évident que la société Édilivre a tout à gagner à ce regroupement qui facilite tant sa tâche que ses rentrées financières. Nous émettons une opinion défavorable quant à la politique de cette maison d’édition.

Si le coût prohibitif des options qui vous sont proposées ne vous a pas trop écœuré ou si vous faites partie des auteurs qui pensent pouvoir survivre dans cette édition alternative, tentez votre chance et publiez votre livre en cliquant sur le lien suivant :



Dans l’hypothèse contraire, nous détaillerons prochainement les services d’un autre éditeur que nous avons testé et qui pourrait vous donner satisfaction. Si tel n’est pas le cas, vous aurez toujours la possibilité de créer votre propre maison d’autoédition, choix que nous préconisons pour les auteurs courageux et non rebutés par la lourdeur des tâches administratives auxquelles ils seront fatalement confrontés.

mardi 7 juin 2016

Jules — Didier van Cauwelaert



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Zibal de Frèges, 42 ans, né de parents inconnus est découvert, âgé de quelques heures, au fond d’une poubelle de l’ambassade de France à Damas. Ce chercheur titulaire d’un double diplôme d’ingénieur biochimiste et d’astrophysicien après avoir soutenu une thèse sur la thermodynamique des trous noirs, puis une thèse sur la transformation des bactéries en agents dépolluants, se retrouve vendeur de macarons Ladurée à Orly Ouest. Il fantasme sur une jeune et jolie aveugle qui s’arrête à son stand avant d’aller se faire opérer d’une greffe de la cornée à Nice. L’histoire s’arrêtera-elle là ? Non, car le commandant de bord ayant décidé de faire voyager tous  les animaux en soute sépare Alice de son chien, en contradiction avec la loi européenne de 2008 autorisant un chien guide à voyager avec son maître. Zibal accourt, s’emporte et rend Jules à sa maîtresse.

L’intervention lui permet de recouvrer la vue. Alors qu’elle devrait nager dans le bonheur, son chien vit un véritable calvaire en n’étant plus les yeux de sa maîtresse. Que va-t-elle faire ? Suivre les conseils de la fédération des chiens d’aveugle, abandonner son chien afin qu’il soit placé chez un autre aveugle ? Ce qu’elle fait, la mort dans l’âme, espérant que Jules retrouve joie de vivre et ce pour quoi il a été dressé.

Maltraité par son nouveau maître, il fugue afin de retrouver Zibal et Alice alors que la vie de chacun a été bouleversée. Alice est partie au loin pour oublier et Zibal par la faute de Jules a perdu son travail et son appartement. La quête de nos deux héros sur la piste d’Alice emmène le lecteur dans moult péripéties plus fantasques les unes que les autres.


Qu’en penser ?

Ligne quatre, la plume ciselée de l’auteur n’utilise que sept mots, pas un verbe, pour nous décrire son héroïne. Déjà captivé le lecteur ne l’imagine pas, il la voit. Didier van Cauwelaert déroule le fil de son histoire avec un savoir-faire dont lui seul a le secret, une fois de plus nous sommes conviés.

Cette comédie romantique dont le héros est un chien guide d’aveugle ne tombe jamais dans la banalité et s’inscrit dans le fil rouge de l’œuvre de l’écrivain où reconstruction des personnages, légèreté et fantastique s’entremêlent, très loin des autofictions qui très souvent nous lassent. Nous découvrons une histoire où nos trois héros sont accompagnés de personnages secondaires parfois très hauts en couleur donnant toute sa force au récit. Un chien passé maître dans l’art de cabotiner, une aveugle, un laissé-pour-compte de la société, Eliane de Frèges, mère de ce dernier, Fred, Eric Vong, thérapeute pour animaux, Coumba, péripatéticienne sadomaso, l’ermite de la plage de Trouville, sont autant de personnages dignes des meilleurs seconds rôles du cinéma.

Ils se prénomment Alice et Zibal, êtres ordinaires semblant sortir d’un roman de Marcel Aymé — comment ne pas penser à « La belle image », roman publié en 1941 ? —  que la vie n’a pas épargnés.

Elle, traumatisée par un accident qui lui a coûté la vue qu’elle retrouvera au bénéfice d’une intervention chirurgicale. Confrontée au bonheur inespéré, une grande lucidité lui permettra de comprendre que sans ce handicap elle ne serait jamais devenue celle qu’elle est maintenant. Sa force de résilience l’a transformée.

Lui, inventeur d’un procédé de dépollution qui aurait pu lui rapporter des millions, se retrouve vendeur chez Ladurée à l’aéroport d’Orly, sa compagne l’ayant viré de son entreprise pour exploiter son brevet. Jules, chien guide d’aveugle, fugue, retrouve Zibal, bouleverse sa vie, à peine vingt-quatre heures suffisent à le mettre au chômage et lui faire perdre son logement. Que lui reste-t-il désormais ? La liberté avec tout ce qu’elle comporte de risques et peurs d’improbables lendemains. Ce chien a choisi Zibal pour reconquérir sa maîtresse, mais pourquoi lui qui ne connaît rien aux chiens ? Comment va-t-il gérer cette situation nouvelle ?  Ce chien sera le début de sa reconstruction.

Jules, quant à lui, un labrador chien guide n’est pas un chien comme un autre, apprentissage et dressage furent son quotidien avant d’être reconnu apte, major de sa promotion et attribué à Alice. L’autonomie retrouvée de sa maîtresse a brisé le lien et Jules redevenu un simple animal de compagnie se sent inutile, humilié, rejeté, il a perdu sa raison de vivre. Pire encore, il est séparé de celle dont il est « les yeux » juste avant les vacances qu’ils avaient l’habitude de passer ensemble en Normandie, terre paradisiaque pour un chien. Lors de ce rituel, ils nagent ensemble, les dangers sont moindres que sur la route, nouvelle perte de repères qui accroît sa dépression.

Didier van Cauwelaert s’attache à nous dépeindre des personnages tombés au fond d’un gouffre et leur lente remontée, ce qui le démarque de ses contemporains qui traitent si souvent des drames de notre époque, de la désillusion ou de l’échec programmé.

Sa plume distille tout au long de cette fiction une réalité si forte et vraisemblable qu’elle entraîne le lecteur à la poursuite de Jules, incontestable héros de ce roman qui prend par instant des allures de documentaire où transpire sa passion pour l’univers des chiens d’aveugles, passion qu’il partagea, enfant, avec son père.

La réalité dépasse parfois la fiction, comme le souligne l’auteur en fin d’ouvrage, la destinée fictive de Zibal a « certains éléments communs avec celle de Mohed Altrad, industriel et homme de lettres français né en Syrie ».

On notera également comme dans nombre de ses romans que ce qui paraît le plus fou n’est pas le fruit de son imagination, pour preuve « le brevet des plantes à traire » tout comme « la dépollution du lisier de porc », « les expériences de communication avec les yaourts » ou « la domestication des bactéries ».

Bien au-delà de ses talents de romancier, telles des touches impressionnistes sont abordés les thèmes sociétaux de notre époque comme le handicap, l’adoption, les relations intergénérationnelles, l’émigration, l’homosexualité, le libéralisme économique, dont certaines scènes surréalistes ne sont pas absentes.

D’aucuns pourraient s’étonner de la photographie de couverture qui n’est pas celle d’un labrador, mais ce serait mal connaître tant Albin Michel que Didier van Cauwelaert, elle nous est apparue comme une évidence. La métamorphose d’un labrador en braque de Weimar n’est pas étrangère à « La Belle image », roman de Marcel Aymé que nous évoquions tout à l’heure. À noter que William Wegman, photographe d’art renommé pour ses clichés mettant en scène ses chiens a composé celui-ci pour un « Walk-a-thon » en 1999, ce qui milite plus encore en faveur du  choix de l’éditeur.

« Jules », un livre à l’écriture limpide emprunt de poésie où amitié rime avec amour, légèreté avec gravité, traumatisme avec résilience. Nous recommandons sa lecture, voire relecture dont nous sommes sorti heureux. Et si le choix du titre n’était pas innocent… ne pourrait-on y percevoir quelques fragrances d’un « Jules et Jim » du XXIe siècle ?

Çà et là

Hauts talons canari, minishort rouge et top turquoise, elle ne risquait pas de se faire écraser par temps de brume.

[…]

Le havre en question était une pièce à volets clos, tatamis, jardin zen et lanternes en papier, nimbée d’une musique pour salon de massage. Une fontaine surmontée d’un ange à tête de serpent glougloutait à la lueur d’une bougie parfumée.
Le thérapeute fixait dans les yeux le labrador qui soutenait son regard. Ils semblaient  échanger des informations. La respiration haletante de Jules se calmait peu à peu, comme pour se mettre au diapason du souffle régulier qui creusait la poitrine de son vis-à-vis. Soudain Vong a éclaté de rire. J’ai demandé pourquoi. Sans se retourner, il a claqué des doigts pour me faire taire en indiquant le sol. Je me suis assis à leur niveau, contre le mur, et j’ai attendu la fin de leur tête-à-tête.
— Les images mentales qu’il m’a montrées confirment ce que j’ai vu par la fenêtre, m’a-t-il déclaré en se relevant avec une souplesse étonnante. Il vous traite comme un chien.