mardi 7 juin 2016

Jules — Didier van Cauwelaert



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Zibal de Frèges, 42 ans, né de parents inconnus est découvert, âgé de quelques heures, au fond d’une poubelle de l’ambassade de France à Damas. Ce chercheur titulaire d’un double diplôme d’ingénieur biochimiste et d’astrophysicien après avoir soutenu une thèse sur la thermodynamique des trous noirs, puis une thèse sur la transformation des bactéries en agents dépolluants, se retrouve vendeur de macarons Ladurée à Orly Ouest. Il fantasme sur une jeune et jolie aveugle qui s’arrête à son stand avant d’aller se faire opérer d’une greffe de la cornée à Nice. L’histoire s’arrêtera-elle là ? Non, car le commandant de bord ayant décidé de faire voyager tous  les animaux en soute sépare Alice de son chien, en contradiction avec la loi européenne de 2008 autorisant un chien guide à voyager avec son maître. Zibal accourt, s’emporte et rend Jules à sa maîtresse.

L’intervention lui permet de recouvrer la vue. Alors qu’elle devrait nager dans le bonheur, son chien vit un véritable calvaire en n’étant plus les yeux de sa maîtresse. Que va-t-elle faire ? Suivre les conseils de la fédération des chiens d’aveugle, abandonner son chien afin qu’il soit placé chez un autre aveugle ? Ce qu’elle fait, la mort dans l’âme, espérant que Jules retrouve joie de vivre et ce pour quoi il a été dressé.

Maltraité par son nouveau maître, il fugue afin de retrouver Zibal et Alice alors que la vie de chacun a été bouleversée. Alice est partie au loin pour oublier et Zibal par la faute de Jules a perdu son travail et son appartement. La quête de nos deux héros sur la piste d’Alice emmène le lecteur dans moult péripéties plus fantasques les unes que les autres.


Qu’en penser ?

Ligne quatre, la plume ciselée de l’auteur n’utilise que sept mots, pas un verbe, pour nous décrire son héroïne. Déjà captivé le lecteur ne l’imagine pas, il la voit. Didier van Cauwelaert déroule le fil de son histoire avec un savoir-faire dont lui seul a le secret, une fois de plus nous sommes conviés.

Cette comédie romantique dont le héros est un chien guide d’aveugle ne tombe jamais dans la banalité et s’inscrit dans le fil rouge de l’œuvre de l’écrivain où reconstruction des personnages, légèreté et fantastique s’entremêlent, très loin des autofictions qui très souvent nous lassent. Nous découvrons une histoire où nos trois héros sont accompagnés de personnages secondaires parfois très hauts en couleur donnant toute sa force au récit. Un chien passé maître dans l’art de cabotiner, une aveugle, un laissé-pour-compte de la société, Eliane de Frèges, mère de ce dernier, Fred, Eric Vong, thérapeute pour animaux, Coumba, péripatéticienne sadomaso, l’ermite de la plage de Trouville, sont autant de personnages dignes des meilleurs seconds rôles du cinéma.

Ils se prénomment Alice et Zibal, êtres ordinaires semblant sortir d’un roman de Marcel Aymé — comment ne pas penser à « La belle image », roman publié en 1941 ? —  que la vie n’a pas épargnés.

Elle, traumatisée par un accident qui lui a coûté la vue qu’elle retrouvera au bénéfice d’une intervention chirurgicale. Confrontée au bonheur inespéré, une grande lucidité lui permettra de comprendre que sans ce handicap elle ne serait jamais devenue celle qu’elle est maintenant. Sa force de résilience l’a transformée.

Lui, inventeur d’un procédé de dépollution qui aurait pu lui rapporter des millions, se retrouve vendeur chez Ladurée à l’aéroport d’Orly, sa compagne l’ayant viré de son entreprise pour exploiter son brevet. Jules, chien guide d’aveugle, fugue, retrouve Zibal, bouleverse sa vie, à peine vingt-quatre heures suffisent à le mettre au chômage et lui faire perdre son logement. Que lui reste-t-il désormais ? La liberté avec tout ce qu’elle comporte de risques et peurs d’improbables lendemains. Ce chien a choisi Zibal pour reconquérir sa maîtresse, mais pourquoi lui qui ne connaît rien aux chiens ? Comment va-t-il gérer cette situation nouvelle ?  Ce chien sera le début de sa reconstruction.

Jules, quant à lui, un labrador chien guide n’est pas un chien comme un autre, apprentissage et dressage furent son quotidien avant d’être reconnu apte, major de sa promotion et attribué à Alice. L’autonomie retrouvée de sa maîtresse a brisé le lien et Jules redevenu un simple animal de compagnie se sent inutile, humilié, rejeté, il a perdu sa raison de vivre. Pire encore, il est séparé de celle dont il est « les yeux » juste avant les vacances qu’ils avaient l’habitude de passer ensemble en Normandie, terre paradisiaque pour un chien. Lors de ce rituel, ils nagent ensemble, les dangers sont moindres que sur la route, nouvelle perte de repères qui accroît sa dépression.

Didier van Cauwelaert s’attache à nous dépeindre des personnages tombés au fond d’un gouffre et leur lente remontée, ce qui le démarque de ses contemporains qui traitent si souvent des drames de notre époque, de la désillusion ou de l’échec programmé.

Sa plume distille tout au long de cette fiction une réalité si forte et vraisemblable qu’elle entraîne le lecteur à la poursuite de Jules, incontestable héros de ce roman qui prend par instant des allures de documentaire où transpire sa passion pour l’univers des chiens d’aveugles, passion qu’il partagea, enfant, avec son père.

La réalité dépasse parfois la fiction, comme le souligne l’auteur en fin d’ouvrage, la destinée fictive de Zibal a « certains éléments communs avec celle de Mohed Altrad, industriel et homme de lettres français né en Syrie ».

On notera également comme dans nombre de ses romans que ce qui paraît le plus fou n’est pas le fruit de son imagination, pour preuve « le brevet des plantes à traire » tout comme « la dépollution du lisier de porc », « les expériences de communication avec les yaourts » ou « la domestication des bactéries ».

Bien au-delà de ses talents de romancier, telles des touches impressionnistes sont abordés les thèmes sociétaux de notre époque comme le handicap, l’adoption, les relations intergénérationnelles, l’émigration, l’homosexualité, le libéralisme économique, dont certaines scènes surréalistes ne sont pas absentes.

D’aucuns pourraient s’étonner de la photographie de couverture qui n’est pas celle d’un labrador, mais ce serait mal connaître tant Albin Michel que Didier van Cauwelaert, elle nous est apparue comme une évidence. La métamorphose d’un labrador en braque de Weimar n’est pas étrangère à « La Belle image », roman de Marcel Aymé que nous évoquions tout à l’heure. À noter que William Wegman, photographe d’art renommé pour ses clichés mettant en scène ses chiens a composé celui-ci pour un « Walk-a-thon » en 1999, ce qui milite plus encore en faveur du  choix de l’éditeur.

« Jules », un livre à l’écriture limpide emprunt de poésie où amitié rime avec amour, légèreté avec gravité, traumatisme avec résilience. Nous recommandons sa lecture, voire relecture dont nous sommes sorti heureux. Et si le choix du titre n’était pas innocent… ne pourrait-on y percevoir quelques fragrances d’un « Jules et Jim » du XXIe siècle ?

Çà et là

Hauts talons canari, minishort rouge et top turquoise, elle ne risquait pas de se faire écraser par temps de brume.

[…]

Le havre en question était une pièce à volets clos, tatamis, jardin zen et lanternes en papier, nimbée d’une musique pour salon de massage. Une fontaine surmontée d’un ange à tête de serpent glougloutait à la lueur d’une bougie parfumée.
Le thérapeute fixait dans les yeux le labrador qui soutenait son regard. Ils semblaient  échanger des informations. La respiration haletante de Jules se calmait peu à peu, comme pour se mettre au diapason du souffle régulier qui creusait la poitrine de son vis-à-vis. Soudain Vong a éclaté de rire. J’ai demandé pourquoi. Sans se retourner, il a claqué des doigts pour me faire taire en indiquant le sol. Je me suis assis à leur niveau, contre le mur, et j’ai attendu la fin de leur tête-à-tête.
— Les images mentales qu’il m’a montrées confirment ce que j’ai vu par la fenêtre, m’a-t-il déclaré en se relevant avec une souplesse étonnante. Il vous traite comme un chien.

jeudi 24 mars 2016

Publier #3 Édition à compte d'éditeur

À ceux qui se poseraient la question : « Écrire pour soi, est-ce véritablement écrire ? » nous répondrons par l’affirmative. En effet, la finalité de l’écrivain hors motif économique est d’être lu afin de partager ses émotions, sa passion.  Même si rares sont ceux qui peuvent bien vivre de leur plume seule, il est possible d’y parvenir et pour ce faire, trois possibilités s’offrent à eux :

— Édition à compte d’éditeur
— Édition à compte d’auteur
— Autoédition

Aujourd’hui, nous aborderons le thème de l’édition à compte d’éditeur.

Si l’autoédition vous intéresse ou si vous la connaissez mal, consultez notre article du 17 juin 2015 :


Ceux qui s’interrogent sur l’édition à compte d’auteur peuvent consulter notre dernier éditorial  du 23 février dernier, la concernant :


Qu’est-ce ?

Le passage obligé pour tout auteur voulant se faire publier est le contrat d’édition.  La définition du contrat d’édition est donnée par le CPI (Code de la propriété intellectuelle), cadre législatif formalisant, en France, la protection des auteurs et des créations au sens large.

Article L.132-1
« contrat par lequel l’auteur d’une œuvre de l’esprit ou ses ayants droit cèdent, à des conditions déterminées, à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l’œuvre, à charge pour elle d’en assurer la publication et la diffusion »

À moins que le livre que vous venez d’écrire ne résulte d’une commande d’un éditeur, il faudra vous mettre en quête d’un éditeur que votre projet sera susceptible d’intéresser. Il est important à ce stade, pour l’auteur, de bien intégrer qu’il existe non pas un monde de l’édition, mais des mondes de l’édition. Si  celui-ci souhaite que ses écrits soient un jour publiés, il évitera bien des déconvenues en ayant conscience de cette réalité. En fonction de ce qu’il écrit, il ne s’adressera pas aux mêmes maisons d’édition et devra ouvrir la bonne porte.

Quelques conseils

1. Le premier objectif ne doit pas être de gagner de l’argent grâce à son talent.
La déception de l’auteur serait d’autant plus grande qu’il lui faudra s’investir en temps, connaître les risques encourus dans une telle recherche ainsi que les aléas du marché de l’édition.

2. Pour aboutir, il devra faire preuve d’opiniâtreté et d’audace. Preuve en est que l’on compare souvent la recherche d’un éditeur avec celle d’un emploi qui est certainement moins ardue. Les éditeurs sont unanimes pour dire qu’un auteur de talent trouvera une entreprise pour publier son livre à condition de s’octroyer le temps nécessaire pour y parvenir.

3. Il devra garder une certaine tranquillité d’esprit dans sa quête et ne pas accepter la première proposition qui lui sera faite sans envisager les autres à venir.

4. Le secteur de l’édition étant un secteur hétérogène, l’auteur devra se renseigner très précisément sur son genre littéraire afin de cibler au mieux les éditeurs potentiellement intéressés par ses écrits et ceci d’autant plus qu’ils sont très spécifiques.

Enfin choisi par un éditeur !

Conformément à l’article L.132-1 du CPI, votre éditeur vous propose un contrat d’édition. Il faut savoir que le contrat type d’édition idéal n’existe pas. Chaque maison d’édition dispose d’un contrat qui lui est propre, même si sur le fond, de nombreux points  se retrouvent dans tous les contrats.

Votre contrat d’édition doit couvrir au moins huit sections :

— Détail et étendue de la cession

— Remise du manuscrit et corrections
Détails pratiques, délais, formats, frais de correction…
La correction d’épreuves est une étape cruciale dans le processus éditorial puisqu’elle débouche sur l’ultime validation de l’auteur avant la fabrication du livre : le bon à tirer (b.à.t.).

Article L.132-11 du CPI
L’éditeur « ne peut, sans autorisation écrite de l’auteur, apporter à l’œuvre aucune modification ». Il doit aussi, « sauf convention contraire, faire figurer sur chacun des exemplaires le nom, le pseudonyme ou la marque de l’auteur ».

— Présentation du livre,  tirage, vente
Format et présentation des volumes fabriqués, indication du tirage minimum, date de mise en vente et prix public.

— Rémunération de l’auteur
Le terme « droits d’auteur » désigne la rémunération de l’auteur en contrepartie de la cession consentie à l’éditeur qui exploite les droits.
À-valoir (avance sur recettes effectuée par l’éditeur, avance qui auparavant restait définitivement acquise à l’auteur). Désormais la maison d’édition peut demander le remboursement de tout ou partie de l’avance, cet à-valoir pouvant être valable pour plusieurs livres afin de répartir les risques.
Taux des droits d’auteur (droit primaire et exploitations dérivées), exemplaires sans droits.

— Exploitation de l’œuvre
Délais de fabrication et de publication, éventuelles réimpressions, critère de « mévente », pilon…

— Reddition des comptes
Fréquence et dates de transmission des comptes d’exploitation à l’auteur.

Le CPI insiste sur le caractère impératif et rigoureux de la reddition des comptes dans son article L.132-13 :

« L’éditeur est tenu de rendre compte. L’auteur pourra, à défaut de modalités spéciales prévues au contrat, exiger au moins une fois l’an la production par l’éditeur d’un état mentionnant le nombre d’exemplaires en stock […] »

— Droit de préférence (facultatif)
Le pacte de fidélité baptisé « droit de préférence » est défini dans l’article L.132-4 du CPI, mais il n’est ni obligatoire ni toujours pertinent.
Le droit de préférence s’applique toujours à des genres déterminés (roman, autobiographie, essai, livre pratique…). Le CPI dispose que la priorité de l’éditeur est limitée « pour chaque genre à cinq ouvrages nouveaux à compter du jour de la signature du contrat d’édition conclu pour la première œuvre ou à la production de l’auteur réalisée dans un délai de cinq années à compter du même jour ».

— Règlement des différends

Après avoir abordé les différentes possibilités de se faire éditer en France, nous nous focaliserons prochainement sur certaines maisons d’autoédition ou d’édition à compte d’éditeur, les seules à nos yeux susceptibles de rendre service tant aux jeunes auteurs qu’aux auteurs chevronnés, mais en prenant toutes les précautions d’usage afin qu’ils ne soient pas victimes de contrats abusifs ou larvés.

mardi 23 février 2016

Publier #2 Édition à compte d’auteur

Vous venez d’achever la rédaction de votre livre. Qu’il s’agisse d’un roman, d’un recueil de nouvelles, de poésie ou d’un essai, le plus dur reste à faire, vous devez parvenir à vous faire éditer.

Trois possibilités s’offrent à vous :

— Édition à compte d’éditeur
— Édition à compte d’auteur
— Autoédition

Aujourd’hui, nous aborderons le thème de l’édition à compte d’auteur. Ceux qui seraient intéressés ou connaîtraient mal l’autoédition peuvent la découvrir dans notre article du 19 juin 2015 qui lui est consacré en cliquant sur le lien ci-dessous :


Qu’est-ce ?

Le passage obligé pour tout auteur voulant se faire publier est le contrat d’édition.  La définition du contrat d’édition est donnée par le CPI (Code de la propriété intellectuelle), cadre législatif formalisant, en France, la protection des auteurs et des créations au sens large.

Article L.132-1
« contrat par lequel l’auteur d’une œuvre de l’esprit ou ses ayants droit cèdent, à des conditions déterminées, à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l’œuvre, à charge pour elle d’en assurer la publication et la diffusion »

Un contrat à compte d’auteur n’est en aucun cas un contrat d’édition puisqu’il s’agit d’une pratique par laquelle un auteur charge une société de fabriquer, publier et diffuser son livre en échange d’une rémunération convenue à l’avance et à laquelle il ne cède pas ses droits.

Obligations d’un éditeur à compte d’auteur

— Assumer un rôle de conseil et donc présenter à l’auteur les risques et périls de l’opération afin que le consentement soit donné en connaissance de cause.

— Fabriquer ou faire fabriquer le livre conformément à l’épreuve définitive et respecter les clauses techniques figurant sur le contrat ou devis-contrat tels que format, nombre de pages, procédé d’impression, type de brochage, de papier, présentation de la couverture, typographie, tirage, délai de fabrication.

— Publier le livre (ISBN, dépôt légal, service de presse, envoi du catalogue aux libraires, publicité, etc.)

— Diffuser ou faire diffuser le livre commercialement en lui assurant une exploitation permanente et suivie. Notons que la diffusion est l’aspect le plus complexe de l’édition à compte d’auteur. Cette obligation est une obligation de moyens et non de résultats. Rares sont en effet les prestataires réellement capables de diffuser leur « marchandise » qui a mauvaise presse auprès des libraires et des diffuseurs. Le contrat précisera les différentes actions à effectuer en matière de commercialisation.

— Rendre compte des ventes à son maître d’ouvrage et lui en reverser le produit (nous ne parlons pas ici de « droits d’auteur »), diminué d’une commission raisonnable.

Que se passe-t-il exactement ?

L’auteur reste propriétaire de ses droits et n’est aucunement lié à l’éditeur à compte d’auteur qui en fait est un prestataire d’édition. L’auteur reste propriétaire des livres fabriqués et perçoit le produit des ventes retranché d’une commission qui rémunère le service commercial, mais il paie les frais d’impression et de publicité de son livre, l’éditeur à compte d’auteur ou le prestataire de services n’assumant aucun « risque éditorial ».

Cette prestation de service est régie par l’article L.132.2 du CPI :

« Ne constitue pas un contrat d'édition, au sens de l'article L. 132-1, le contrat dit à compte d'auteur.

Par un tel contrat, l'auteur ou ses ayants droit versent à l'éditeur une rémunération convenue, à charge par ce dernier de fabriquer en nombre, dans la forme et suivant les modes d'expression déterminés au contrat, des exemplaires de l'œuvre et d'en assurer la publication et la diffusion.

Ce contrat constitue un louage d'ouvrage régi par la convention, les usages et les dispositions des articles 1787 et suivants du code civil. »

Vous devez  savoir que l’éditeur à compte d’éditeur fait ses profits sur la vente de livres alors que l’éditeur à compte d’auteur réalise ses bénéfices sur le processus même d’édition. Dans le premier cas les recettes proviennent des lecteurs et dans le second, essentiellement des auteurs. Le travail de ce dernier n’est  pas de vendre vos livres, mais de se vendre à vous, auteur, et de vous proposer l’édition de votre manuscrit. Il ne peut être considéré comme un éditeur à part entière.

Qu’en penser ?

Une règle s’impose : vigilance et prudence.

L’intérêt principal de l’édition à compte d’auteur est que l’auteur est certain d’être publié la plupart du temps dans l’espoir d’être repéré par une maison d’édition bien que cela s’avère rare. L’auteur par ailleurs reste maître de son manuscrit et des bénéfices s’y rapportant, s’ils existent.

Il ne faut pas oublier que lorsque l’auteur devient client, les règles du contrat  d’édition font place à celles de la consommation. On peut parler de « compte d’auteur abusif » terme retenu par la défunte association Calcre, lorsque le prestataire d’édition se fait passer pour un éditeur normal et propose illicitement un contrat d’édition classique assorti d’une clause de paiement par l’auteur. Celui-ci dans ce cas est trompé ouvertement ou par omission, sur la qualité de son œuvre et sur les aléas commerciaux liés à ce mode d’édition. Les livres sont souvent fabriqués, mais rarement ou très mal diffusés. Notons que les auteurs mal informés subissent des préjudices moraux et financiers considérables.

Comment détecter un compte d’auteur « larvé » ?

Sachez que tromperie, abus, voire escroquerie sont fréquents dans les eaux troubles de l’édition onéreuse surtout lorsqu’elle n’est pas apparente.

Toute société se disant par voie de publicité à la recherche de manuscrits est un éditeur à compte d’auteur. Aucun éditeur traditionnel ne se comporterait ainsi.

L’auteur se méfiera donc de tout prestataire  qui se faisant passer pour un éditeur traditionnel :

— lui demande un dessous-de-table ;

— mentionne dans son contrat de versement d’une somme non remboursable prétendument destinée à faciliter la publication ;

— l’oblige à acheter une fraction du tirage ;

— exige un prêt remboursable sur les ventes ;

— demande que la composition, que tout ou partie de la maquette ou que la campagne de publicité soient financées par l’auteur ;

— conditionne la signature du contrat au résultat d’une souscription (à moins que l’auteur y soit de sa poche) ;

— n’accorde les droits d’auteur qu’à partir du moment où il a couvert ses frais.

Nous ne saurons recommander à un auteur l’édition à compte d’auteur tant les pièges pour parvenir à se faire éditer sont nombreux.

Après avoir abordé l’autoédition, nous étudierons prochainement l’édition à compte d’éditeur, à nos yeux la véritable édition.

(Cf. AUTRET M., 150 questions sur l’édition, L’Oie Plate, 2005, coll. « Poids Moyen ».)

mardi 26 janvier 2016

150 questions sur l'édition — Marc Autret



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150 questions sur l’édition, préfacé par Emmanuel Pierret répond à toutes questions que devrait se poser chaque auteur qu’il soit débutant ou confirmé. Il en distille tout au long de ce guide les réponses au rythme de une à trois pages par  question. L’auteur se révèle un scrutateur avisé auquel rien ne semble avoir échappé.

Qu’en penser ?

Une table des matières en fin d’ouvrage synthétise les problèmes abordés, regroupés par thème, le renvoi au numéro de la question facilite la recherche du lecteur. Il passera ainsi des fondamentaux où figure l’incontournable sigle « CPI » (Code de la propriété intellectuelle) au droit d’auteur suivi des contrats et usages précédant des méthodes et stratégies, les voies parallèles ne sont pas oubliées et notamment l’autoédition, le compte d’auteur, etc.  Cet ensemble est clos en apothéose par des fiches techniques, petits cailloux blancs permettant à l’auteur de ne pas trop s’égarer en chemin. Questionnement limpide pour certains, mais obscur pour d’autres. Les fiches techniques constituent une batterie d’opérations éparses liées à la conception d’un ouvrage.

Les auteurs et auteurs-éditeurs souhaitant réaliser leurs livres eux-mêmes trouveront quelques fiches destinées à la bonne mise en vente du livre. Ils trouveront également réponse à la question cruciale : « Sous quelle forme déclarer les revenus de l’autoédition ? », fiche #102. En effet le régime fiscal de l’auteur-éditeur est si labyrinthique que personne ne parvient à en fournir un modèle stable, pas même les conseillers du Trésor public.

La première partie de ce livre est consacrée aux fondamentaux.

Tout auteur se doit de connaître le CPI, sa non application engendrant de nombreux malentendus entre les auteurs  à l’origine de la création littéraire et les éditeurs qui lui donnent une vie commerciale. Ces fiches sont donc destinées à ceux qui connaissent les termes sans en détenir la définition. Le CPI désigne le Code de la propriété intellectuelle, sésame et compas du droit d’auteur français.

Pas moins de 34 fiches sont consacrées au droit d’auteur. Tous les droits, devoirs et interdits sont évoqués. Quant aux contrats et usages, 40 fiches leur sont destinées. Il est essentiel que l’auteur soit informé afin de suivre la progression de son œuvre.

Le chapitre « Méthodes et stratégies » est dédié à l’auteur peu au fait du circuit  éditorial. Combien de questions ne se pose-t-il pas ? Manuscrit lu, probabilité d’être édité, quelles précautions à prendre lors de l’envoi d’un manuscrit ?, protection d’un manuscrit : où déposer ?, promotion d’un livre, etc.

Les voies parallèles si usitées outre-Atlantique bégaient encore en France. De nombreuses questions grâce à ce livre trouvent réponse.

Si certains d’entre vous ont pu acquérir Publier son livre de Nicolas Delecourt et Laurence Happe-Durieux grâce à notre chronique du 12 mai 2015 dont lien ci-dessous :


ils en ont été pour la plupart satisfaits, néanmoins celui-ci fourmillant de renseignements et d’adresses utiles et indispensables ne s’avère qu’une première étape. L’étape suivante est bel et bien la découverte de 150 questions sur l’édition qui deviendra le compagnon quotidien de tout auteur tant pour les démarches de ce dernier en quête d’éditeur tant pour ceux souhaitant créer leur maison d’autoédition.

Nous recommandons avec un enthousiasme non feint le livre de Marc Autret, véritable antisèche à l’usage des auteurs, indispensable pour les écrivains en herbe comme pour les écrivains confirmés. Il s’avère tout aussi essentiel pour les jeunes éditeurs et auteurs-éditeurs. Ce livre dévoile sans masque un monde dont les acteurs n’ont pas toujours bonne presse tout en confortant cependant la plupart d’entre eux.